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La Bible Ostervald de 1744 avec les arguments et les réflexions de l'auteur.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Où l’on donne quelques instructions sur la lecture de l’Écriture sainte


II - Des livres de l’Écriture sainte.

Pour passer maintenant à la manière dont l’Écriture doit être lue, on fera ici quelques réflexions. Premièrement, sur les livres de l’Écriture Sainte et sur ses différentes parties et en second lieu sur les dispositions qu’il faut apporter à cette lecture.

Des livres du Vieux Testament et de leur utilité.
Chacun sait que l’Écriture comprend le Vieux et le Nouveau Testament. Pour ce qui est des livres du Vieux Testament, qui ont été écrits avant la venue de Jésus-Christ, comme c’est la partie de la Bible qu’on lit le moins et que même une infinité de personnes ne la lisent point du tout, il est nécessaire de montrer ici l’utilité de ces livres-là. On se trompera fort de croire qu’ils n’aient été donnés que pour les Juifs et que leur utilité ait cessé par rapport aux chrétiens.
L’Apôtre Paul dit,
« Que toutes les choses qui ont été écrites autrefois ont été écrites pour notre instruction. 1 »
Parlant de ce qui était arrivé au peuple d’Israël, il dit,
« Que ces choses sont des exemples pour nous et qu’elles ont été écrites pour nous instruire, nous qui sommes parvenus aux derniers temps 2. »
Jésus-Christ lui-même exhorte ses disciples, « à sonder les Écritures, car, » dit-il,
« c’est par elles que vous croyiez avoir la vie éternelle et ce sont elles qui rendent témoignage de moi 3. »
Quand notre Seigneur parle ainsi, il recommande la lecture et la méditation des Écrits de Moïse et des Prophètes et c’est ce qu’il fait en plusieurs autres endroits. C’est de la connaissance de ce qui est rapporté dans ces Écrits que dépend l’intelligence des principaux articles de la religion chrétienne. On en a une preuve bien forte et bien remarquable dans les citations continuelles que Jésus-Christ et les Apôtres font des histoires, des oracles et des passages du Vieux Testament. Il y a même des livres entiers dans le Nouveau Testament, que l’on ne saurait entendre si l’on n’a pas lu le Vieux Testament avec quelque attention, c’est ce qu’on peut dire surtout de l’Épître aux Hébreux qui n’est autre chose qu’une comparaison entre la Loi et l’Évangile.
Mais pour mieux reconnaître l’utilité des livres du Vieux Testament, il faut faire attention à ce que ces livres contiennent. Il y en a de trois sortes, savoir des « livres historiques, des livres dogmatiques et moraux et des livres prophétiques ».

Des livres historiques.
Les livres historiques sont les premiers en ordre. Ils commencent à la Genèse et ils finissent au livre d’Ester. On les appelle « Historiques » parce qu’à la réserve de quelques endroits des livres de Moïse qui contiennent les lois que Dieu avait données aux Juifs, l’on n’y retrouve que des histoires. On y voit ce qui est arrivé de plus considérable dans le monde par rapport à la religion et au peuple de Dieu depuis la création jusqu’au retour de la captivité de Babylone. C’est par ces livres qu’il faut commencer.
Il est à remarquer sur ce sujet que Dieu a voulu d’abord instruire son Église par l’histoire. Cette manière d’instruire est la plus simple et la plus claire, elle est proportionnée à la portée de tout le monde. Les histoires sont toujours faciles à comprendre et à retenir. Les enfants même les entendent sans peine et c’est aussi par là qu’on doit jeter les fondements de leur instruction.
D’ailleurs, c’est sur l’histoire et sur des faits que toute la religion est fondée. C’est de l’histoire que l’on tire des preuves invincibles de la vérité et de la divinité de l’Écriture. Outre cela, les histoires du Vieux Testament renferment les doctrines et les devoirs de la religion. Elles nous proposent plusieurs beaux exemples où nous pouvons considérer la providence de Dieu, sa sagesse, sa bonté, sa justice, son amour envers les gens de bien, sa colère sur ceux qui l’offensent.
Le chapitre XI de l’Épître aux Hébreux est remarquable sur ce sujet. Paul, voulant montrer quelle est la nature de la foi et quels en sont les effets, rassemble dans ce chapitre les exemples de foi, d’obéissance et de constance que l’on trouve dans la vie des patriarches et des personnes illustres qui ont vécu avant Jésus-Christ. Par où l’on peut reconnaître, combien la lecture et la méditation des histoires du Vieux Testament sont utiles aux chrétiens.

Des livres dogmatiques et moraux.
Les livres du Vieux Testament qu’on appelle « dogmatiques et moraux » sont le livre de Job, les psaumes et les écrits de Salomon.
Ces livres ne sont pas tout à fait si clairs que les livres historiques. On trouve, par exemple, dans le livre de Job et dans les Proverbes quelques endroits dont le sens n’est pas aisé à découvrir, ce qui vient le plus souvent du défaut des versions et de la difficulté qu’il y a d’exprimer dans les langues de notre temps des sentences extrêmement concises et des manières de parler figurées et fort différentes des nôtres. Mais si ces livres ont quelque obscurité dans ces endroits-là, cela n’empêche pas qu’on ne puisse les lire avec un grand fruit.
En général, on y trouve ces trois choses : la doctrine, la morale et des sentiments de dévotion et de piété. On y voit les principales doctrines de la religion, telles que sont celles-ci : qu’il y a un Dieu créateur du monde, que c’est lui qui gouverne tout par sa providence, qui dispense les biens et les maux, qui protège les gens de bien, qui punit les méchants, que ce Dieu tout juste rendra à chacun selon ses œuvres et d’autres doctrines semblables qui sont proposées dans ces livres et particulièrement dans celui de Job et dans les psaumes avec beaucoup de clarté et soutenues par des exemples très instructifs. Ces livres contiennent d’admirables maximes de morale et des préceptes fort utiles sur les principaux devoirs de la religion, sur la justice, sur la charité, la pureté et la tempérance, sur la patience et sur les autres vertus. On y trouve et surtout dans les psaumes, de beaux sentiments de piété et d’excellents modèles de dévotion. On y voit combien nous devons être touchés de la grandeur de Dieu, avec quel respect il faut adorer cet Être suprême, avec quelle attention et quel plaisir on doit méditer les merveilleux ouvrages de la création et de la Providence, avec quelle ardeur et quelle reconnaissance nous devons célébrer ses perfections et le remercier de ses bienfaits, l’estime que nous devons faire des saintes lois du Seigneur et les avantages incomparables que la piété procure à ceux qui s’y adonnent. Nous y apprenons à nous confier en Dieu, à l’invoquer dans l’adversité, à nous soumettre avec résignation à sa volonté, à recourir à sa miséricorde par la repentance quand nous l’avons offensé. Ainsi, la lecture de ces livres-là est très propre pour diriger et pour enflammer la dévotion.
Des livres prophétiques.
Les livres prophétiques sont les écrits des prophètes, depuis Esaïe jusqu’à Malachie. On les nomme « prophétiques » parce qu’ils contiennent principalement des prophéties ou des prédictions. Ce n’est qu’il n’y ait pas dans ces livres des histoires très remarquables, comme dans Jérémie, dans Daniel et dans Jonas et qu’ils ne renferment aussi diverses instructions morales, telles que sont les exhortations et les remontrances des prophètes. Mais les prophéties sont la principale partie de ces livres-là. Et ces prophéties sont de trois sortes. Il y en a qui regardent Jésus-Christ et l’Église chrétienne, il y en a d’autres qui concernent les Juifs et il y en a enfin qui marquent ce qui doit arriver aux autres peuples et dans les empires du monde.
Quand on lit ces oracles des prophètes, on y trouve d’abord de l’obscurité, mais cela ne doit pas surprendre. Il faut considérer premièrement que toute prophétie doit être obscure, à moins à certains égards avant l’événement. Non seulement il n’était pas nécessaire pour le salut des fidèles de ce temps-là que les oracles fussent clairs pour eux et qu’ils les entendissent parfaitement, mais le sens en a dû être caché. La profonde sagesse de Dieu et les merveilles de sa Providence paraissent avec bien plus d’éclat quand on fait réflexion qu’il a accompli ses desseins et les prédictions des prophètes sans que les hommes le sussent et par des moyens auxquels personne n’aurait pensé. D’ailleurs si ces prédictions eussent été tout à fait claires dans toutes les circonstances les hommes auraient pu mettre des obstacles à l’exécution des desseins de Dieu, à moins qu’il n’eût fait des miracles continuels et changé l’ordre du monde. Ainsi, c’est avec une grande sagesse qu’il a répandu quelque obscurité sur les prophéties.
Il faut savoir après cela que ce qui était obscur est devenu clair par l’événement. La plupart des oracles qui regardaient la venue de Jésus-Christ, ses souffrances, son règne, la réjection des Juifs et la vocation des gentils sont maintenant faciles à entendre.
Les prédictions qui se rapportaient aux Juifs et qui marquaient la ruine de Jérusalem et leur dispersion qui devait arriver premièrement par les Assyriens et les Babyloniens et ensuite par les Romains peu après la venue de notre Seigneur, ces prédictions-là n’ont aucun embarras, l’événement les ayant parfaitement éclaircies. Pour ce qui est de celles qui concernaient les autres peuples et les empires du monde, telles que sont les prophéties d’Esaïe, depuis le chapitre XIII et les célèbres prédictions de Daniel, elles sont plus difficiles à entendre parce que la plupart de ceux qui les lisent ne savent pas l’histoire de ces peuples et de ces temps-là, mais elles sont tout à fait claires pour ceux à qui cette histoire est connue. Outre cette obscurité qui vient des choses mêmes dont les prophètes parlent, il y en a une autre qui naît du style de ces hommes divinement inspirés. Ils s’exprimaient d’une manière figurée. Ils employaient diverses images et des façons de parler fort éloignées de l’usage de notre temps. Mais avec quelque secours, tel qu’est celui qu’on a tâché de donner dans cet ouvrage et dès qu’on est un peu accoutumé au langage des prophètes, on peut aisément voir ce qu’ils veulent dire. Après tout, s’il y a des endroits dans leurs écrits que l’on ne comprenne pas bien, on peut sans préjudice de salut en ignorer le sens.
Mais on a grand tort de négliger comme on fait la lecture des prophéties. Si les chrétiens les lisaient et les méditaient, ils en verraient sortir une lumière qui les frapperait. Ils y découvriraient des beautés qui leur sont inconnues et ils se sentiraient tout autrement pénétrés de la vérité et de l’excellence de la religion qu’ils ne le sont. En effet, on ne saurait rien imaginer qui puisse nous convaincre avec plus d’évidence et avec plus de force qu’il y a un Dieu qui conduit toutes choses et qui nous parle dans les Écritures, que ces prophéties si anciennes qui étaient déjà entre les mains des Juifs telles que nous les avons plusieurs siècles avant la venue de notre Seigneur et qui ont été si exactement accomplies.
C’est pourquoi l’Apôtre Pierre recommande aux chrétiens la lecture et la méditation des prophéties comme un moyen tout à fait propre à affermir leur foi.
Nous avons ainsi la parole des prophètes qui est très ferme, à laquelle vous faites bien de vous attacher comme à une lampe qui éclairait dans un lieu obscur en attendant que le jour vînt à luire et que l’Étoile du matin se levât dans vos cœurs 4.

Des livres du Nouveau Testament.
Le Nouveau Testament est la partie de l’Écriture dont il importe le plus aux chrétiens d’avoir la connaissance. À comparer le Vieux Testament avec le Nouveau, ce dernier est le plus clair et le plus parfait. Car quoique la doctrine de l’Évangile soit la même dans le fond que celle de Moïse et des prophètes, il est pourtant certain que les vérités divines, les devoirs, les promesses, les menaces sont proposés avec plus de clarté et de force dans le Nouveau Testament 5. Non seulement l’Évangile a dissipé les ombres de la loi et mis en évidence ce qui n’était révélé qu’en partie avant Jésus-Christ, mais il nous enseigne plusieurs choses que les anciens fidèles ignoraient et que les prophètes eux-mêmes ne connaissaient pas comme notre Seigneur le remarque dans l’Évangile. De là viens que Paul appelle ces choses-là des « Mystères », ou des choses cachées qui avaient été inconnues dans les siècles précédents. Il ne faut pas être surpris si l’on trouve dans l’Évangile plus de lumière que dans la loi. C’est Moïse et ce sont les prophètes qui parlent dans le Vieux Testament, mais dans le Nouveau Testament, c’est Jésus-Christ le fils de Dieu, duquel Dieu a dit :
C’est ici mon fils bien-aimé, écoutez-le 6.
Paul marque cette différence lors qu’il dit
Que Dieu a autrefois parlé à nos pères à diverses fois et en plusieurs manières par les prophètes, mais qu’il nous a parlé dans les derniers jours par son fils 7.

De l’Évangile.
Le Nouveau Testament comprend l’Évangile avec les Actes et les Épîtres. De ces deux parties, l’Évangile est la première en ordre et en dignité. Nous y trouvons premièrement les discours de notre Sauveur tels qu’ils sont sortis de sa bouche sacrée, la doctrine très sainte et très parfaite qu’il a enseignée aux hommes pour leur apprendre à connaître Dieu et à le servir en esprit et en vérité, les devoirs dont il recommande l’observation à ses disciples, les peines et les récompenses de la vie à venir et tout cela dans un degré d’évidence et de force qu’on ne trouve nulle part ailleurs. On y lit le récit de ses miracles dans lesquels on voit éclater sa puissance divine et en même temps sa grande bonté, car ces miracles n’ayant été que des bienfaits. On doit faire une grande attention aux miracles de notre Seigneur quand on lit l’Évangile, puisque c’est la voie que Dieu choisit pour montrer aux hommes que Jésus est le Messie. Nous voyons enfin dans l’Évangile la vie toute sainte de ce grand Sauveur, son zèle et son obéissance à la volonté de son Père, sa grande charité envers les hommes, sa douceur, son humilité, sa sincérité, sa pureté, sa patience, son renoncement au monde. Toutes ces vertus qui brillent dans sa vie sont réunies dans sa mort et cela au plus haut degré. Enfin, l’évangile joint à l’histoire de la mort de Jésus-Christ celle de sa résurrection et de son ascension qui sont le fondement de notre foi et de notre espérance.
Il paraît de là que l’Évangile est la partie la plus considérable de Nouveau Testament. Aussi a-t-on toujours regardé dans l’Église la lecture de l’Évangile comme très importante et tout de même que les Juifs, quoi qu’ils lussent les écrits des prophètes et qu’ils les reçussent comme divins, avaient une vénération singulière pour la loi de Moïse et lui donnaient le premier rang, les chrétiens ont aussi toujours eu pour l’Évangile un respect particulier. De là vient l’ancienne coutume de se lever et d’être debout quand on lit l’Évangile dans l’église et celle d’expliquer l’Évangile tous les dimanches de l’année.
On voit dans les Actes des Apôtres comment l’Évangile fut prêché après l’ascension de Jésus-Christ, tant à Jérusalem et dans les lieux voisins, qu’en plusieurs endroits du monde. La lecture de ce livre est fort utile et comme il ne contient que des histoires, il est assez clair.

Des Épîtres.
Les Épîtres qui sont des lettres que les Apôtres ont écrites aux Églises de leur temps ou à certaines personnes font aussi parties des livres sacrés du Nouveau Testament. L’Apôtre Pierre 8 nous apprend que du vivant des Apôtres, on mettait déjà les Épîtres de Paul dans le rang des divines Écritures. Ce serait se tromper grossièrement de croire que l’Évangile suffit et que l’on peut se passer des Épîtres. On trouve dans les Épîtres l’explication de plusieurs articles qui y sont éclaircis plus particulièrement que dans l’Évangile, en sorte que l’Évangile est plus clair, à divers égards quand on y joint les Épîtres. En effet, Jésus-Christ ne trouvait pas toujours à propos de s’expliquer nettement et précisément sur divers points. Il enveloppait souvent sa pensée sous des expressions figurées ou sous des similitudes qui avaient quelque obscurité et qui ne devaient être claires qu’après son ascension 9. Il y avait même diverses choses que Jésus-Christ ne disait pas à ses Apôtres pendant qu’il était au monde et qui par conséquent ne se trouvent pas dans l’Évangile.
Voici comment il leur parlait :
J’ai plusieurs choses à vous dire, vous ne pouvez pas les porter maintenant ; mais quand l’esprit sera venu, il vous annoncera les choses à venir 10.
Les Apôtres furent beaucoup plus éclairés après qu’ils eurent reçu le Saint-Esprit qu’ils ne l’étaient auparavant. Ainsi, nous trouvons dans leurs écrits de grandes lumières et diverses choses très utiles et même tout à fait nécessaires pour notre instruction.
Ce qu’il y a de principal à observer pour bien entendre les Épîtres, c’est l’occasion et les vues dans lesquelles les Apôtres les ont écrites. Ils y traitent divers sujets selon que le temps où ils vivaient et les besoins des Églises le demandaient, mais ce qu’ils disent sur ces sujets-là sert à éclaircir plusieurs points de la religion. En général, ils s’y proposent de conserver dans les Églises chrétiennes qui avaient été fondées depuis peu la pureté de la doctrine et la pureté des mœurs et de munir les fidèles contre les erreurs que diverses personnes sorties d’entre les Juifs ou d’entre les païens s’efforçaient de répandre et par lesquelles elles corrompaient la doctrine et la morale de l’Évangile. Le grand but des Apôtres dans toutes les Épîtres est de porter les chrétiens à persévérer dans la foi et dans une vie sainte. Elles finissent toutes par des exhortations à la pratique des vertus et des devoirs de la religion. Il y en a même qui n’ont été écrites que dans cette vue, telles sont particulièrement les Épîtres qu’on appelle « Catholiques », dans lesquelles, à la réserve de certains endroits où les Apôtres touchent quelques articles de doctrine, on ne trouve que des préceptes de morale et des exhortations à la sainteté.


1 - Épître aux Romains 15.4
2 - I Corinthiens 10.11
3 - Évangile de Jean 5.39
4 - Épître de Pierre 1.19
5 - Matthieu 8.17 ; Pierre 1.10, 12 ; Éphésiens 3.4, 6
6 - Matthieu 17.5.
7 - Hébreux 1.2
8 - Pierre 3.26
9 - Matthieu 13.11
10 - Jean 16.12-13




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