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La Bible Ostervald de 1744 avec les arguments et les réflexions de l'auteur.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Où l’on donne quelques instructions sur la lecture de l’Écriture sainte


III - Avec quelles dispositions il faut lire l’Écriture.

On voit par ce qui vient d’être dit que la lecture du Vieux et du Nouveau Testament est une source abondante d’instruction et d’édification. Mais pour en tirer cette utilité, il faut que l’esprit et le cœur soient bien disposés quand on les lit. On pourrait lire l’Écriture, même avec assiduité et le faire cependant sans aucun fruit si on ne lisait que pour lire et par besoin d’acquit seulement. Il en est de la lecture comme de la prière et des autres actes de la religion qui ne servent de rien et qui tournent même en péché lors qu’on n’y apporte pas les dispositions qui doivent les accompagner.

Avec attention.
La première est l’attention. C’est-à-dire que quand on lit, il faut que l’esprit soit libre, tranquille et vide d’autres pensées. On doit sur tout prendre garde que le cœur ne soit pas possédé par les passions, car c’est principalement du cœur et des passions que procèdent les distractions et le manque d’attention dans la lecture, aussi bien que dans la prière, l’esprit revenant toujours aux choses dont le cœur est occupé. À cause de cela, il est bon de choisir pour la lecture un temps où l’on ne soit pas occupé par d’autres choses et particulièrement le matin. Il importe aussi de se recueillir avant que de commencer la lecture et de s’exciter à l’attention en pensant sérieusement à ce qu’on va faire et en considérant que quand nous lisons l’écriture Dieu nous parle et que c’est par le moyen de sa parole qu’il veut nous conduire à la vie éternelle et nous rendre heureux.
Outre cela, pour lire avec attention, il faut lire à loisir. Certaines personnes se piquent de lire beaucoup et de parcourir les livres de l’écriture en peu de temps, mais la lecture ne devient profitable que par l’attention qu’on y donne, par la méditation et par les réflexions qu’on y fait. Il en est de la lecture, qui est la nourriture de l’âme, comme de la nourriture du corps qui ne peut conserver la vie et les forces, à moins qu’elle ne soit mâchée et digérée.
Ainsi, il faut éviter la précipitation, ne rien faire à la hâte et se donner le loisir de bien considérer et de bien peser ce qu’on lit. Pour cet effet, les lectures ne doivent pas être trop longues et il vaut mieux ne pas tant lire à la fois, quoi que pourtant il y ait quelque différence à faire à cet égard. Quand on lit des histoires, on peut lire davantage et aller plus vite. Une histoire est plus liée, elle ne transporte pas l’esprit d’un sujet à un autre, la suite de la narration attache, elle soutient l’attention et l’on retient aussi mieux ce qu’on a lu. Mais lors qu’on lit des chapitres de doctrine ou de morale, comme dans le livre de Job, dans les proverbes et dans les Épîtres, on ne peut pas faire de si longues lectures parce que chaque verset demande une considération particulière, ainsi il faut lire moins et plus lentement.

Avec assiduité.
On doit lire fréquemment et assidûment. Ce n’est que par une lecture fréquente qu’on peut se rendre l’écriture familière et en acquérir une connaissance suffisante. En la lisant souvent et régulièrement, on a occasion de la méditer toujours davantage. Mais ceux qui ne la lisent que rarement ne se rempliront jamais l’esprit et moins encore le cœur de ce qui est contenu dans les livres sacrés. Outre cela, une lecture assidue et exacte donne toujours plus de goût pour la parole de Dieu, étant certain que plus on la lit, plus on la médite et plus on y trouve d’onction et de beauté, plus elle éclaire l’esprit, plus elle réjouit et sanctifie le cœur. Un chrétien doit donc faire de cette divine parole son étude ordinaire, la méditer jour et nuit et comme il prend tous les jours la nourriture du corps, il doit aussi donner chaque jour à son âme jour la nourriture céleste qui fait vivre éternellement.

Avec discernement.
Il faut lire avec discernement, et cela, tant pour bien entendre le sens de l’écriture que pour en comprendre l’usage. Autrement on la lirait sans fruit et on pourrait même se tromper dangereusement.
Premièrement, on a besoin de discernement pour bien juger comment et en quel sens ce qu’on lit est la parole de Dieu. Tout de même qu’il y a des actions qui sont récitées dans l’écriture, non pour que nous les imitions, mais plutôt pour nous en donner de l’horreur ; aussi on y trouve bien des choses qui n’ont pas été mises par écrit pour servir de règle à nos sentiments et à notre conduite. Les auteurs sacrés rapportent quelquefois les discours et les sentiments des méchants.
On trouve dans Malachie ces paroles :
C’est en vain qu’on sert Dieu et que gagne-t-on à garder ce qu’il a commandé ? 11
Et on lit dans une des Épîtres de Paul, cette maxime des profanes et des gens sensuels :
Mangeons et buvons, car nous mourrons demain.
Mais quand on lit ces endroits-là et d’autres semblables, il faut se souvenir, que ce sont des impies qui parlent de la sorte. Les personnes mêmes dont la piété est louée dans l’écriture n’ont pas toujours parlé et agi d’une manière conforme à la piété. Ainsi, quand on lit que David jura d’exterminer la maison de Nabal 12 , il faut penser qu’il pécha en cela. Les discours des amis de Job 13 , quoique très beaux et très instructifs, ne sont pas à approuver en tout ; car il est dit que Dieu fut irrité contre eux, parce qu’ils n’avaient pas parlé comme il faut.
Ce discernement est aussi nécessaire pour juger en quel sens ce qu’on lit doit être pris, sans quoi l’on s’abuserait souvent. Par exemple, lors que Moïse dit que Dieu endurcit le cœur de Pharaon 14, l’on pourrait croire que l’endurcissement des hommes vient de Dieu et qu’il en est la cause, ce qui serait un sentiment détestable et blasphématoire. Quand Paul dit que Jésus-Christ nous a affranchis de la loi, qu’il a aboli l’obligation qui était contre nous dans les ordonnances de la loi, qu’on est justifié sans les œuvres de la loi 15, il faut savoir dans quel sens il le dit, autrement on tomberait dans la fausse et pernicieuse pensée de croire que les chrétiens sont dispensés de garder la loi morale et que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires. On entend tous les jours les pécheurs et les libertins s’autoriser et s’excuser par des passages de l’écriture pris dans un sens faux. Les hommes ignorants et peu affermis tordent ce divin livre à leur propre perdition 16 , comme le disait déjà Pierre en son temps. Les exemples en sont infinis. Cela fait voir combien il importe de lire l’écriture avec un sage et juste discernement.
L’un des principaux moyens de ne pas se tromper sur le sens de l’écriture c’est d’avoir toujours devant les yeux le but des auteurs sacrés, d’examiner à quelle occasion et dans quelle vue ils parlent, de faire attention à la liaison du discours, à ce qui précède et à ce qui suit et de confronter ce qu’on lit avec d’autres endroits qui peuvent servir à l’éclaircir. On se tromperait fort si l’on prenait tous les versets de l’écriture séparément, comme si c’étaient autant de sentences détachées et qui eussent chacune leur sens à part à peu près comme les sentences du livre des Proverbes. Il ne faut jamais perdre de vue le dessein et le but du discours si l’on veut découvrir le véritable sens de la parole de Dieu. C’est à quoi l’on doit sur tout prendre garde dans les livres et dans les chapitres dogmatiques et en particulier dans les Épîtres, et c’est aussi par cette considération que l’on a été obligé d’étendre les arguments de ces chapitres-là.
Si le discernement dont on vient de parler est nécessaire pour entendre l’écriture, il ne l’est pas moins pour en découvrir l’usage. Il faut savoir sur cela que le grand but de l’écriture et de l’usage auquel elle est destinée c’est de produire en nous la foi et l’amour de Dieu et de nous conduire à la vie éternelle.
Ces choses sont écrites, dit l’Apôtre Jean, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ le fils de Dieu et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom 17.
Paul dit encore :
Que toutes les choses qui ont été écrites autrefois ont été écrites pour notre instruction, afin que par la patience et par la consolation que les écritures donnent nous retenions l’espérance 18.
C’est là l’effet naturel de toutes les parties de la révélation. Les doctrines et les vérités nous sont proposées afin que nous les recevions avec foi, qu’elles purifient nos cœurs et qu’elles nous portent à aimer Dieu et à le craindre. Les commandements ne nous sont donnés qu’afin que nous les observions. Les promesses et les menaces ne tendent sinon à nous détourner du mal et à nous porter au bien. C’est à cela que servent les exemples que l’écriture nous met devant les yeux.
Ainsi dans toutes les lectures qu’on fait, il faut toujours y chercher ce qu’il y a de propre, premièrement à nous éclairer et à nous instruire et ensuite à nous sanctifier et à nous conduire à Dieu, en sorte, que ce que nous lisons nous excite toujours davantage à la piété et nous dispose de plus en plus à bien vivre. De plus, il importe que chacun remarque dans l’écriture ce qui peut le concerner en particulier et ce qui a du rapport à ses besoins et à l’état dans lequel il se trouve. C’est dans cette juste application qu’on se fait à soi-même de ce que la parole de Dieu contient que consiste le légitime usage de ce livre. L’Apôtre Jaques l’enseigne, lors qu’il dit : Qu’il en est de celui qui écoute la parole, comme d’un homme qui regarde son visage dans un miroir, que les auditeurs oublieux, après s’être regardés dans ce miroir oublient aussitôt comment ils sont faits au lieu que les auditeurs sages et fidèles sont ceux qui considèrent et méditent attentivement cette parole et qui mettent en pratique ce qu’elle ordonne 19 .
Par où cet Apôtre montre que l’obéissance et la pratique sont le but auquel il faut rapporter l’Écriture sainte, que nous ne devons la lire et l’écouter que dans la vue de devenir plus gens de bien et que celui qui n’en fait pas cet usage se trompe et s’abuse lui-même.

Avec soumission et obéissance de foi.
L’écriture doit être lue avec soumission et obéissance de foi. En effet, puisque c’est Dieu qui nous y parle, tout ce que nous avons à faire c’est en premier lieu de bien nous assurer de sens de l’écriture et de la bien entendre, ce qui n’est jamais difficile dans les choses nécessaires pour le salut et après cela de recevoir avec soumission tout ce qu’elle nous dit et d’y conformer notre croyance et notre conduite. Ainsi, quand nous lisons les histoires qui y sont rapportées, nous devons les croire aussi fermement que si nous voyons les événements dont elles nous font le récit et nous le devons d’autant plus qu’il n’y a point d’histoire qui ait autant de preuves de sa vérité qu’en a l’histoire sainte.
Lors que l’écriture nous propose des doctrines et qu’elle nous ordonne de les croire, il faut les recevoir avec une pleine persuasion. Et quand même il y aurait dans ces doctrines-là quelque chose dont nous ne pourrions pas bien comprendre les raisons ou la manière, cela ne devrait pas nous faire de la peine, ni ébranler notre foi. Il faut considérer qu’il y a des vérités certaines, évidentes et dont on ne saurait douter et qui cependant lors qu’on veut les approfondir ont des difficultés que personne ne résoudra jamais. Ainsi, il est de la sagesse aussi bien que de la piété dans ces occasions-là de se défaire de l’esprit de curiosité et de laisser là les vains raisonnements et les recherches téméraires qui ne feraient que nous jeter dans le doute et dans l’incrédulité. Dieu a parlé, il n’en faut pas davantage.
Quand nous lisons les commandements et les lois que Dieu nous donne dans sa parole pour servir de règle à notre conduite, notre devoir est de croire que l’observation de ces lois est absolument nécessaire et de nous y conformer. C’est ici, surtout où le sens de l’écriture n’est jamais obscur et où il est impossible de se tromper, à moins qu’on ne s’aveugle volontairement. Ainsi, il n’y a pas d’autre parti à prendre que de se soumettre humblement et en simplicité de cœur à tout ce qu’il plaît à Dieu de nous commander, nous souvenant toujours qu’il a une souveraine autorité sur nous et qu’il ne nous prescrit rien qui ne tende à notre bonheur. Quand même ce que Dieu nous commande nous paraîtrait désagréable et fâcheux et serait opposé à nos passions et à nos inclinations les plus chères ; il suffit que Dieu ait parlé et qu’il ait dit : vous ferez ceci pour qu’il faille le faire ; vous ne ferez pas cela pour qu’il faille s’en abstenir. Il faut alors imposer silence aux passions et ne point écouter les suggestions de notre propre cœur, car ce ne sont que les passions qui nous font trouver des difficultés dans ce que Dieu ordonne et qui nous suggèrent de fausses raisons pour nous dispenser d’obéir. Et si pour cela il faut résister à nos penchants et à nous faire violence à nous-mêmes c’est par là que nous ferons voir que la foi et l’amour de Dieu sont le principe de notre conduite. Ce n’est même qu’en résistant à nos inclinations et en surmontant nos répugnances que notre obéissance peut-être éprouvée et que nous pouvons montrer que nous soumettons notre volonté à celle du Seigneur. Mais il est dangereux et tout à fait contraire à la foi de raisonner quand Dieu commande et de contester, soit sur la nature, soit sur la nécessité de nos devoirs. C’est pour bannir tous ces faux raisonnements, tous ces vains prétextes, par lesquels on prétend éluder les déclarations les plus expresses de la parole de Dieu que les Apôtres ont accoutumé de dire lors qu’il s’agit des lois par lesquelles nous serons jugés : Ne vous abusez point. Ne vous séduisez point vous-mêmes par de vains discours.
Enfin, cette soumission doit avoir lieu à l’égard des promesses et des menaces. Cela veut dire que lors que l’écriture nous parle de la félicité de la vie à venir ou des peines qui sont réservées aux méchants, nous ne devons pas plus douter de la certitude de ces promesses et de ces menaces que si nous en voyions déjà l’accomplissement et que si le grand jour des peines et des récompenses était déjà arrivé. C’est là un des principaux effets de la foi :
Elle rend présentes les choses qu’on espère et elle donne une pleine conviction de celles qu’on ne voit point 20.
Voilà en quoi consiste cette obéissance de foi qui doit accompagner la lecture de l’écriture sainte. Sans cela, on la lit et on l’écoute en vain. La parole ne sert de rien lors qu’elle n’est pas mêlée avec la foi en ceux qui l’entendent 21.

Avec piété et dévotion.
La dernière disposition qu’on doit apporter à cette lecture c’est la piété et la dévotion. Cette disposition est la principale et elle renferme toutes les autres. Il faut que celui qui lit l’écriture aime la vérité et la vertu, qu’il ait le cœur porté au bien et une intention sincère de connaître la volonté de Dieu et de la faire. Cette droiture d’intention est ce que notre Seigneur appelle dans l’Évangile un cœur honnête et bon qui fait que l’on retient la parole et qu’on en rapporte le fruit avec persévérance 22 .
C’est ce qui rend l’esprit attentif et ce qui donne ce sage discernement qui est si nécessaire pour bien connaître ce que Dieu veut que nous sachions et que nous fassions pour être sauvés. Avec cette intention on entre toujours dans le vrai sens de l’écriture et on en découvre les beautés. Jésus-Christ nous l’apprend par ces paroles si remarquables :
Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il connaîtra ma doctrine 23.
Dieu se révèle à ceux qui le cherchent et c’est dans leurs cœurs qu’il répand les plus vives lumières de son esprit et les connaissances les plus salutaires.
Après cela, la lecture de l’Écriture sainte demande un cœur plein de dévotion. La dévotion est nécessaire dans la prière de l’aveu de tous ceux qui ont quelque religion. Elle ne l’est pas moins dans la lecture. Quand Dieu nous parle dans sa parole, nous ne devons pas moins être pénétrés de ces sentiments tendres et affectueux, de respect, de zèle, de joie et d’amour, que la dévotion produit, que nous devons l’être quand nous lui parlons dans nos prières. La prière ne doit jamais être séparée de la lecture. On ne saurait mieux se disposer à écouter la voix de Dieu qu’en l’invoquant et en tenant son cœur élevé à lui. C’est en priant et en implorant avec humilité le secours du Saint-Esprit que l’on obtient cette grâce qui fléchit le cœur à l’amour de Dieu et à l’observation de ses lois. Ce n’est aussi que par là que la lecture de l’Écriture sainte peut nous devenir salutaire et nous conduire au but pour lequel le Seigneur l’a fait rédiger par écrit.
Dieu veuille que les réflexions qu’on vient de faire et celles qui sont répandues dans le corps de cet ouvrage produisent cet effet sur ceux qui les liront !


11 - Malachie 3.14
12 - I Samuel 15
13 - Job 42.7
14 - Exode 7.3
15 - Épîtres aux Romains et aux Galates, Colossiens 2.14
16 - II Pierre 2.16
17 - Jean 20.31
18 - Épître aux Romains 15.4
19 - Jaques 1
20 - Hébreux 11.2
21 - Hébreux 4.2
22 - Luc 7.15
23 - Jean 7.17.




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